DEUXIEME PARTIE : ETAT DE LA BIODIVERSITE
Chapitre I : DESCRIPTION DE LA BIODIVERSITE
I.1. Ecosystèmes du Burundi
La position du Burundi au centre de l'Afrique, sa topographie, son
territoire combinant à la fois des terres fermes, des terres aquatiques
et une diversité des conditions éco-climatiques confèrent au Burundi
une grande richesse d'espèces végétales et animales et d'écosystèmes
naturels diversifiés.
Situé au cœur de l'Afrique, le Burundi est soumis à des influences
phytogéographiques diverses. En effet, ce pays est d'abord coincé entre
les domaines oriental et zambézien de la région soudano-zambézienne.
Le domaine oriental regroupe les formations de l'Imbo dans la région
de la plaine de la Rusizi et la plaine côtière du lac Tanganyika
jusqu'au Nord de Rumonge, les formations du Burundi central dans la
région du plateau central et, enfin, les formations du Bugesera au
Nord-Est du pays.
Le domaine zambézien occupe la partie Sud-Ouest, partant de Rumonge
jusqu'à Nyanza-Lac. Il remonte ensuite vers le Nord contre la frontière
tanzanienne jusqu'à l'extrême Nord du Kumoso-Buyogoma. C'est le domaine
des forêts claires (forêts tropophiles) du type miombo et des savanes.
Le Burundi est aussi marqué par des influences guinéo-congolaises
avec la formation périguinéenne de la plaine côtière du lac Tanganyika
au sud de Rumonge à Kigwena ; ses hauts sommets font partie de la région
afro-montagnarde. Cette dernière comprend la forêt ombrophile de
montagne abritant une riche diversité biologique dont beaucoup d'espèces
endémiques pour le Burundi.
Les écosystèmes rencontrés au Burundi peuvent être répartis en
deux grands groupes: écosystèmes terrestres et écosystèmes aquatiques
et semi-aquatiques.
I. 1. 1. Ecosystèmes terrestres
Ils comprennent 4 catégories : forêts, savanes, bosquets xérophiles,
pelouses et steppes .
I. 1. 1. 1. Ecosystèmes forestiers
1. Forêts ombrophiles de montagne
Ce sont des formations végétales qui occupent la crête Congo Nil,
c'est-à-dire les hautes terres du Burundi occidental dans les localités
de la Kibira, Mpotsa, Monge, Bururi et Vyanda. Elles se trouvent à une
altitude variant entre 1 600 m - 2600 m d'altitude et font partie de la
région afro-montagnarde. La superficie totale avoisine 50000 ha.
Dans cette végétation, trois horizons peuvent être distingués :
- L'horizon inférieur compris entre 1600 m et 1 900 m d'altitude. On
y rencontre des arbres atteignant environ 25 m de haut notamment Anthonotha
pynaertii, Albizia gummifera, Parinari excelsa, Prunus
africana, Syzygium guineense .
- L'horizon moyen est compris entre 1 900 et 2 250 m d'altitude. On y
rencontre des arbres géants tels que Entandrophragma excelsum,
Prunus africana et Parinari excelsa subsp. holstii
atteignant 30 et parfois 40 m de haut.
- L'horizon supérieur est compris entre 2250 et 2450 m d'altitude. Il
s'y développe une forêt distincte des deux types précédents avec
une cime s'arrêtant généralement à 15 m, à l'exception de
quelques individus de Podocarpus milanjianus atteignant 20 m.
La strate arbustive est peu riche et souvent porteuse de plantes
épiphytes telles que des mousses et des lichens.
Au delà de 2500 m, on rencontre des formations végétales du type
afro-subalpin constituées des fruticées sclérophylles où la famille
des Ericaceae (Phillipia, Erica, Vaccinium et Agaurea)
est la plus représentée et des formations graminéennes très étendues
sur les sommets et dans les zones très dégradées (Exotheca
abyssinica, Microchloa kunthii, Monocymbium ceresiiforme
et Loudetia simplex).
Il convient de signaler que la bambousaie montagnarde centrafricaine à
Arundinaria alpina se rencontre au Burundi à partir de 1700 m
jusqu'à environ 2300 m d'altitude. Elle ne forme jamais de très grands
massifs mais au contraire se trouve ici mélangé à la forêt de
montagne.
2. Forêts de moyenne altitude
A. Forêts claires
Ce sont les forêts claires des premiers contreforts menant aux
escarpements des hauts sommets du Burundi occidental et les formations
forestières de la dépression du Kumoso. L'altitude est comprise entre
1000 et 1600 m. Leur superficie est d'environ 20000 ha.
Il s'agit des forêts claires dominées par Brachystegia, Julbernardia,
Isoberlinia répondant à la définition du Miombo.
Dans ces forêts, plus de 17 espèces d'arbres autochtones
ectomycorrhizés appartenant aux genres Brachystegia, Isoberlinia,
Julbernardia, Monotes, Uapaca et Pericopsis
ont été identifiés. Les champignons ectomycorrhiziques associés à ces
essences sont notamment du genre Cantharellus, Amanita, Rubinoboletus,
Boletus, Xerocomus, Lactarius, Russula, Dendrogaster,
Afroboletus, Strobilomyces,etc.
B. Galeries forestières
Au Burundi, on distingue 2 types de galeries forestières :
- Galeries forestières submontagnardes rencontrées dans la partie
occidentale à une altitude de 1300 m. Elles se caractérisent par une
végétation dont les arbres dominants de plus de 30 m de hauteur sont
: Albizia zygia, Albizia gummifera, Spathodea
campanulata, Newtonia buchananii, Pycnanthus angolensis,
Hymenodictyon floribundum.
- Galeries forestières riveraines qui sont des franges boisées peu
larges distribuées tout au long des rivières, ou tapissant des
ravins collinaires inondés. Les galeries forestières se trouvent
presque partout au Burundi, mais elles restent importantes à l'Est du
pays. Cependant, la composition floristique est caractéristique des
exigences écologiques du milieu.
En outre , on distingue :
- les forêts riveraines inondables à Alchornea cordifolia et Syzygium
cordatum;
- les forêts marécageux à Macaranga spinosa, Anthocleista
schweinfurtii ou Uapaca guineensis;
- les forêts mésophiles à Sapium ellipticum et Newtonia
buchanannii.
3. Forêts de basse altitude
Ce sont des formations végétales de la plaine de l'Imbo et à
l'altitude variant entre 775 et 1000 m. On y distingue :
- La forêt sclérophylle à Hyphaene benguellensis var.ventricosa
rencontrée dans cette plaine de la Rusizi. Elle occupe actuellement
environ 1 200 ha. L'Hyphaene est essence largement dominante et
endémique de plaine.
- La forêt mésophile périguinéenne à Newtonia buchananii et
à Albizia zygia rencontrée à Kigwena. Elle occupe une
superficie de 500 ha. C'est une forêt dense qui se rattache à la
formation de la cuvette congolaise par de grands arbres comme Albizia
zygia, Newtonia buchananii et Pycnanthus angolensis.
On y rencontre également des épiphytes tels que Asplenium
aethiopicum, Nephrolepis undulata, des lianes comme Culcasia
scandens, Eremospatha sp. et des fougères.
I.1.1.2. Ecosystèmes non forestiers
Les milieux ouverts terrestres du Burundi sont constitués
essentiellement de divers types de savanes, des pelouses, des bosquets et
des steppes.
1. Savanes
Les savanes occupent une partie de l'Est, du Nord et de la plaine de la
Rusizi. Elles résultent de la dégradation des formations forestières
suite aux cultures, à l'usage des feux, etc. La superficie actuelle est
de 90 800 ha.
A. Savanes de l'Est du Burundi
Elles sont rencontrées dans la dépression du Kumoso et dans la partie
nord de Buyogoma.
Dans l'ensemble, ces savanes comportent un noyau d'espèces ligneuses
communes : Parinari curatellifolia, Pericopsis angolensis, Hymenocardia
acida, Anisophyllea boehmii abondant dans les savanes boisées
et arborées, Annona senegalensis, Albizia antunesiania, Albizia
adianthifolia souvent épars. La strate herbacée est dominée par Hyparrhenia,
Loudetia et Panicum.
B. Savanes de la plaine de la basse Rusizi
Les formations de savanes connues dans cette partie du pays sont :
- Savanes herbeuses à Phragmites mauritianus, à Sporobolus
pyramidalis et à Balanites aegyptiaca.
- Savanes arborées à Acacia polycantha var. campylacantha,
à Acacia hockii et Dicrostachys cinerea subsp. africana.
C. Savanes de Bugesera
On y rencontre des savanes arborées à Acacia sieberiana var. vermoesenii,
Acacia polyacantha var. campylacantha des zones
alluvionnaires autour des lacs et à Acacia hockii des zones
colluvionnaires. La masse graminéenne est dominée par Panicum maximum.
2. Bosquets xérophiles
Ces types de formations végétales sont rencontrées au Nord du
Burundi dans le Bugesera et dans la plaine de la Rusizi.
Dans la plaine de la Rusizi les bosquets à Cadaba farinosa ssp.
adenotricha et Commiphora madagascariensis se présentent
sous la forme d'une végétation ouverte où les boqueteaux sont plus ou
moins largement dispersés dans une pelouse rase et surpâturée.
Au Nord du pays dans le Bugesera, les bosquets xérophiles à Olea
europaea subsp. africana sont individualisés dans un couvert
végétal très pauvre à Brachiaria humidicola. D'autres essences
secondaires ligneuses sont notamment Acacia hebecladoides, Euphorbia
candelabrum, Cadaba farinosa, Capparis lucens, Capparis
tomentosa, Cissus quadrangularis, Securinega virosa, Dicrostachys
cinerea.
3. Pelouses et steppes
Ce sont ces types de végétation qui forment actuellement les
pâturages du Bututsi et d'une partie de Mugamba et du Kirimiro. Ces
formations sont principalement constituées de Hyparrhenia, Eragrostis
et Loudetia simplex.
Dans la plaine de la Rusizi, les pelouses sont constituées de Dactyloctenium
aegyptium, Urochloa panicoides et Brachiaria decumbens
var. ruziziensis.
La steppe est composée de Bulbine abyssinica qui est une
formation végétale étroitement liée aux solonetz.
I.1. 2. Ecosystèmes aquatiques et semi-aquatiques
I.1.2.1. Marais du Burundi
Les marais entourent les lacs ou se localisent tout au long des cours
d'eaux. Au Burundi, il y a lieu de distinguer les marais de hautes
altitudes et les marais de basses et moyennes altitudes. Ils occupent à
peu près 117 993 ha dont 81 403 ha actuellement cultivées. On distingue
des marais à :
- haute altitude située au-delà de 1700 m d'altitude dans la zone de
forêt de montagne où ils évoluent en tourbières. La végétation
dominante est composée de Lobelia mildbraedii et Miscanthus
violaceus. Les autres espèces caractéristiques sont notamment Helichrysum
forskahlii, Hypericum revolutum, Rubus apetalus pour
la strate suffrutescente. La strate herbacée, assez riche, contient
des espèces telles que Alchemilla ellenbeckii, Exotheca
abyssinica, Cyperus atroviridis.
- basse et moyenne altitude sont localisés à des altitudes de 775 à
1 700 m d'altitude. Il a été constaté qu'au Burundi on ne trouve
pas de tourbière en dessous de 1 400 m. Les marais à Cyperus papyrus
dominent les autres types de marais dans ces zones. Ils se localisént
dans la plaine de la Rusizi, dans le plateau central, dans la
dépression de Kumoso et au niveau des lacs du Nord.
Au delta de la Rusizi, on y observe un marais de 500 ha comprenant une
végétation à Typha domingensis, nettement dominante du marais de
Gatumba.
I. 1. 2. 2. Lacs
Le Burundi possède plusieurs lacs naturels : Tanganyika, Cohoha, Rweru,
Rwihinda, Gacamirindi, Kanzigiri, Gitamo, Rwungere, Narungazi et Inampete.
Le lac Tanganyika se trouve au fond de la branche occidentale des
rift-valleys de l'Afrique orientale à une altitude d'environ 775 m. Sa
superficie totale est de l'ordre de 33000 km2, dont 7% au Burundi. Ce lac
se caractérise par une alternance de substrats sablonneux, rocheux et
mixtes, de même qu'une profondeur particulièrement élevée (max. 1470
m), mais la partie habitable par la faune aquatique est seulement de
l'ordre de 100 à 200 m de profondeur.
La végétation est essentiellement composée des macrophytes
flottants, de phytoplancton constitué d'espèces appartenant aux groupes
des diatomés, des Chlorophytes, des Cyanophytes, des Dinophytes, des
Cryptophytes, des Xanthophytes et des Prymnésiophytes. La végétation
macrophyte est formée d'espèces appartenant aux genres Ceratophyllum,
Nymphaea, Utricularia, Najas, Potamogeton, Chara,
Cladophora, Pistia, Azolla, Vallisneria, Trapa
et Ottelia. Le phytoplancton, quant à lui, est constitué
d'espèces appartenant aux groupes des Diatomées, des Chlorophytes, des
Cyanophytes, des Dinophytes, des Cryptophytes, des Xanthophytes et des
Prymnésiophytes.
Les lacs du Bugesera, encore dits lacs du Nord, sont de moindre
importance. Les plus étendus d'entre eux sont le lac Rweru (10000 ha,
dont 8000 au Burundi) et le lac Cohoha (6700 ha dont 6000 au Burundi). La
profondeur moyenne de ces lacs est respectivement de 2.5 et 5 m. Quelques
plantes flottantes sont observées: Utricularia, Nympheae.
Les études sur le phytoplancton faites sur les lacs Cohoha et Rweru ont
pu montrer la présence d'une flore algale riche et variée avec une
prédominance des Cyanophytes, Bacillariophytes, Chlorophytes,
Euglénophytes, Dinophytes et Xantophytes.
I. 1. 2. 3. Mares et étangs
Certaines rivières présentent plusieurs méandres qui laissent dans
leurs anciens lits des étangs ou mares. On rencontre également des lacs
de retenue (Rwegura, Dogodogo et Kavuruga) considérés comme des étangs.
Au niveau de la plaine de la Rusizi, en bordure des étangs, on observe
ça et là Ludwigia leptocarpa et Polygonum pulchrum. Les
tapis flottants sont composés de Nymphaea lotus, Nymphaea
nouchalii, Utricularia inflexa, Pistia stratiotes, etc.,
et un grand tapis de fougère Azolla pinnata. On rencontre encore
des algues surtout les Cyanophycées, Euglénophycées et les
Bacillariophycées.
Au niveau du Lac Dogodogo, on observe une végétation de la bordure
essentiellement dominée par Typha domingensis et Phragmites
mauritianus. Les plantes flottantes les plus remarquables sont : Chara
zeylanica, Potamogeton sp. et Najas marina.
Au niveau du lac de Rwegura, on observe des plantes flottantes
essentiellement composées des Nympheaceae.
I. 1. 2. 4. Cours d'eau
Quatre grands cours d'eau, à savoir les rivières Rusizi, Malagarazi,
Akanyaru et Ruvubu, constituent l'essentiel du réseau hydrologique du
pays ; les trois premiers étant limitrophes. Les quelques études faites
sur la seule rivière Rusizi et ses affluents font état de la présence
de 218 espèces de Diatomées.