Chapitre III : CAUSES DE LA DEGRADATION DE LA BIODIVERSITE
Au Burundi, les problèmes liés à l'utilisation et à la gestion
durable des ressources biologiques étaient déjà évoqués dans le
passé colonial, comme la pénurie du bois de chauffe et l'utilisation de
la bouse comme combustible, le surpâturage, la dégradation des sols,
etc. La réglementation et la contrainte physique permettaient certaines
actions de conservation des ressources biologiques notamment la mise en
défens de forêts naturelles, les boisements artificiels, des mesures de
lutte anti-érosive, etc. La gestion foncière et forestière relevait de
l'administration coutumière tout en restant sous la surveillance de l'œil
colonial. La participation effective de la population à la conception et
à la réalisation de ces activités était totalement absente.
Vers les années 1980, quelques années après l'accession du pays à
l'indépendance, les efforts de conservation et de restauration de
certains écosystèmes naturelles se concrétisèrent notamment par la
création d'un certain nombre d'aires protégées, l'intensification du
reboisement, l'amélioration des animaux domestiques par l'introduction de
races exotiques performantes, etc.
Face à la pénurie des terres, les agriculteurs sont contraints à
pratiquer une exploitation intensive des sols, à exploiter de plus en
plus des terres marginales peu fertiles et fragiles, avec pour
conséquence des rendements très faibles. La recherche de terres
complémentaires entraîne l'extension des cultures sur les pâturages
naturels, dans les forêts naturelles et sur les espaces boisés. Cette
surexploitation des ressources naturelles accélère le rythme de
dégradation des sols. L'exploitation de terres de plus en plus exiguës
et appauvries assure de moins en moins l'autosuffisance alimentaire et
économique des ménages. De telles situations peuvent conduire à des
activités illicites dans les aires en défens qui sont devenues les seuls
réservoirs de ressources biologiques encore disponibles.
La pression démographique élevée, la pauvreté et le
sous-développement de la population de la population constituent donc une
cause fondamentale à l'origine de beaucoup d'autres causes apparentes de
la dégradation de la biodiversité pour lesquelles des solutions
immédiates doivent être envisagées pour sauvegarder ce qui reste encore
de la biodiversité.
Au Burundi les facteurs apparents qui sont à l'origine de la
dégradation de la biodiversité peuvent être classés en 2 grandes
catégories : les causes anthropiques et les causes naturelles.
III. 1. Causes anthropiques
Comme partout au monde, l'homme constitue le principal facteur de la
dégradation de la biodiversité dans son milieu par ses diverses
activités (défrichement cultural, prélèvement des ressources
biologiques, surpâturage, feux de brousse, pollution, exploitation du sol
et du sous-sol, extension de l'habitat, et introduction des essences
exotiques).
III. 1. 1. Défrichement cultural et autres méthodes culturales
inadaptées
Le défrichement pour les cultures vivrières ou industrielles a
modifié remarquablement le couvert végétal au Burundi. Les cas les plus
frappants concernent la disparition de deux types de forêts à Strychnos
potatorum et à Euphorbia dawei remplacées par les cultures de
cotonnier dans l'Imbo. Pour l'ensemble du Burundi occidental, une forêt
mésophile submontagnarde typique de zone transition vers l'étage
montagnard, entre 1000 et 1 600 m d'altitude environ, n'existe plus. Le
défrichement continue à faire pression sur les écosystèmes et au cours
de la seule période de la crise socio-politique de 1993, la
déforestation a été estimée à environ 4366 ha.
A l'Imbo septentrional, la forêt à Hyphaene qui occupait 2800
ha en 1951 a régressé pour atteindre 1200 ha aujourd'hui. Le
défrichement continue à être observé spécialement dans le Parc
National de Rusizi où plusieurs hectares sont livrés pour l'agriculture.
Les forêts ombrophiles afro montagnardes formaient autrefois une vaste
forêt de la crête, du Nord à l'extrême Sud du Pays. Les forêts
occupaient, il y a quelques années, 104 000 ha et il n'en reste
qu'environ 55 000 ha dont 50 900 protégés. Elles se présentent sous
forme de lambeaux très distants dont les plus appréciables sont la
Kibira, la forêt de Bururi et la forêt de Monge. Elles ont été surtout
détruites par les agriculteurs et les pasteurs à la recherche des terres
fertiles agricoles et des pâturages pour le gros bétail. La
déforestation se manifeste encore aujourd'hui et, pour la seule période
de la crise de 1993, environ 4119 ha ont été défrichés.
Dans la partie méridionale du Burundi, les forêts claires tapissent
les pentes impropres à la culture. Cependant, sur toute la bordure
périphérique des plaines de Rumonge et de Nyanza-lac, jusqu'à 1 600 m
d'altitude, on assiste à une spécialisation de cultiver sur des pentes
fortes conduisant considérablement à la réduction des forêts par coupe
rase en faveur de culture de Manihota esculenta. A de faibles
altitudes, le défrichement cultural se fait par l'extension de la culture
de palmier à huile (Elaies guineensis) qui monte jusqu'à 1 300 m.
Au Nord de Kumoso, le défrichement se fait en faveur de l'Eleusine
coracana. Vers le Sud et le Centre de Kumoso, cette agriculture d'Eleusine
coracana peu fréquente est remplacée par celle du manioc.
La disparition des essences dominantes ectomycorrhizées des forêts
claires s'accompagne inévitablement de la disparition d'une multitude de
champignons symbiontes.
Les galeries forestières, surtout à l'Est du pays cèdent la place à
la culture d'Eleusine et de Phaseolus vulgaris. Dans ces
formations végétales, les plantes caractéristiques diminuent
considérablement: Syzygium cordatum, Albizia gummifera, Newtonia
buchananii et Phoenix reclinata.
Les marais sont soumis à des exploitations anarchiques par drainage
non contrôlé. Souvent, certaines exploitations n'étant pas maîtrisées
comme le drainage agricole, il en découle des pertes énormes et
irréversibles des terres fertiles, de la flore et de la faune,
l'abaissement de la nappe phréatique et finalement la sécheresse
prolongée.
En haute altitude, certains marais à Cyperus latifolius et Cyperus
pseudocladus cèdent la place aux choux, Solanum tuberosum et
petits pois, etc. Au niveau des plateaux centraux, le Cyperus papyrus
est en grande partie remplacé par les patates douces et le haricot.
Le développement actuel des cultures très récentes de riz et de
tabac ainsi que la pratique de la pisciculture sont venues aggraver une
situation floristique des marais déjà précaire.
Les savanes arborées occupaient, il y a plus ou moins 50 ans une
superficie de 150 000 ha. La superficie actuelle serait de 90 800 ha dont
50 800 ha protégés (Parcs Nationaux de la Ruvubu et de la Rusizi).
La dégradation progressive des savanes est essentiellement due aux
cultures après défrichement par coupe rase et brûlage de la
végétation coupée.
Dans les savanes de l'Est du Burundi (Buragane, Kumoso et Buyogoma) et
sur des sols meubles, l'agriculture est l'activité principale qui
participe à leur réduction. Souvent, les savanes boisées subissent des
coupes rases et des feux de défrichement essentiellement pour les
cultures d'Eleusine coracana et de manioc.
Dans les zones alluvionnaires autour des lacs du Nord où
prédominaient la savane à Acacia polycantha et Acacia
sieberana, la savane à Themeda triandra et Bothriochloa
insculpta, il est fréquent de rencontrer des vallées sèches
occupées par l'agriculture.
III. 1. 2. Prélèvement incontrôlé des ressources biologiques
III. 1. 2. 1. Surexploitation des ressources végétales
La surexploitation des ressources végétales consiste en coupe
illicite, sciage et, cueillette irrationnelle, décortication des troncs,
etc. Cette pratique réduit considérablement certains écosystèmes et
beaucoup d'espèces.
Dans la plaine de la Rusizi, la dégradation s'explique par le fait que
les paysans s'y approvisionnent en bois de chauffe et en charbon de bois
en touchant les espèces les plus intéressantes. Les troncs d'Hyphaene
sont utilisés pour construire les étables et leurs pétioles entrent
dans la construction des toits des habitations.
Dans la partie méridionale de l'Imbo, la forêt mésophile
périguinéenne à Newtonia buchananii et Albizia zygia
occupait 2000 ha en 1960 et occupe actuellement 500 ha. De nombreux
hectares en périphérie surtout, ont été défrichés et dessouchés au
profit de culture industrielle de cotonnier. En même temps que les
activités de pêche s'amplifiaient, de grands arbres de Newtonia
buchananii, Albizia zygia, Pycnanthus angolensis, Maesopsis
eminii étaient coupés pour la fabrication de pirogues. Actuellement,
l'exploitation d'Eremospatha sp. pour la construction de fauteuils
et chaises a réduit cette espèce.
La forêt de montagne contenant des arbres à bois d'œuvre très
recherché a été longtemps soumise à l'exploitation intense. Cette
exploitation a concerné surtout des arbres de la strate arborescente
supérieure au départ abondants dans les forêts primaires: Entandrophragma
excelsum, Symphonia globulifera, Prunus africana, Hagenia
abyssinica, Podocarpus milanjianus et Podocarpus
usambarensis. La destruction de ces essences de valeur aboutit dans
tous les cas à l'installation des forêts secondaires. Outre le sciage,
la carbonisation amincit remarquablement les forêts de montagne. Les
bambouseraies à Arundinaria alpina sont exploitées pour divers
usages (paniers, construction de maisons et de rugo, fauteuils à haute
valeur, lits, etc.).
Dans les zones des forêts claires, la fabrication des ruches
traditionnelles pour l'apiculture se fait malheureusement à partir
d'écorce des essences de Brachystegia et de Julbernardia.
Le prélèvement de ces écorces se pratique par décortication annulaire
occasionnant ainsi la mort des arbres. Un autre type de réduction des
espaces recouvertes de forêts claires et parfois de savanes boisées
résulte du séchage du tabac dans les fours de BTC.
Dans les marais, la coupe d'herbes conduit à la réduction importante
des espèces telles que Cyperus papyrus, Cyperus latifolius,
Cyperus pseudocladus, Cyperus laevigatus, Typha
domingensis et Phragmites mauritianus. A cela s'ajoute aussi
l'extraction des tourbes et d'argile des marais pour la fabrication des
pots, des tuiles et des briques très intense au niveau du plateau
central.
Dans des savanes, la carbonisation autour de certains centres,
entraîne la rareté de certaines essences telles que Parinari
curatellifolia, et Pericopsis angolensis, Entada abyssinica
et Lannea schimperi. L'exploitation de bambousaie dominée par Oxythenathera
abyssinica combinée à l'agriculture et à la pratique des feux
aboutit à la perturbation du faciès de bambousaie dont l'espèce Oxythenanthera
abyssinica devient de plus en plus rare dans la région.
La non disponibilité croissante du bois de chauffe conduit à
l'exploitation anarchique des boisements notamment pour la production de
charbon de bois de plus en plus sollicité par la population urbaine.
III. 1. 2. 2. Surexploitation des ressources animales
La surexploitation des ressources animales se caractérise par la
chasse et la surpêche. Ces méthodes d'exploitation sont à l'origine de
la dégradation de la biodiversité faunistique. De plus, la dégradation
des écosystèmes influent sur la perte des espèces aussi bien
végétales qu'animales. Actuellement, le Burundi enregistre plus de 10
espèces d'animaux disparues suite à l'action de chasse et de destruction
d'habitats depuis la fin des années 1950 (Acinonyx jubatus, Panthera
leo, Loxodonta africana, Equus quagga, Diceros
bicornis, Taurotragus oryx, Aepyceros melampris, Alcephalus
lichtensteini, Damaliscus linatus, Gorilla gorilla,
etc.).
La chasse se pratique essentiellement dans des aires protégées et
concerne principalement les mammifères, les oiseaux et les reptiles. La
chasse pratiquée vise l'alimentation des ménages, des produits animaux
médicinaux et dans une moindre mesure le commerce.
La chasse aux mammifères est principalement observée dans le parc
National de la Ruvubu où les espèces comme Syncerus caffer, Tragelaplus
scriptus, Kobus ellipsiprymnus defassa sont les plus
recherchées par les braconniers. Au Parc National de la Rusizi, les
espèces recherchées sont notamment Hippopotamus amphibius, Tragelaphus
scriptus, Tragelaphus spekei, ce dernier étant en forte
réduction. La consommation des Primates dans certaines régions du pays a
conduit à la réduction évidente de certaines espèces comme Papio
anubis, Cercopithecus aethiops, Cercopithecus mitis et Colobus
angolensis.
La chasse aux oiseaux se fait pratiquement sur tout le territoire
national, mais elle reste prononcée dans les Parcs Nationaux de la Rusizi,
de la Ruvubu, de la Kibira et dans les forêts claires de l'Est et du Sud.
Les espèces d'oiseaux les plus souvent visées pour l'alimentation sont
celles appartenant au genre Francolinus, à la famille des Anatidae
et des espèces comme Numida meleagris, Baleareca pavonina,
etc. La chasse visant le commerce concerne principalement les perroquets (Poicephalus
meyeri, Agapornis pullaria et Agapornis fischeri) qui
commencent à devenir rares.
La chasse aux reptiles pour la consommation se pratique essentiellement
dans la région de l'Imbo et principalement dans la Parc National de la
Rusizi où des espèces comme Varanus niloticus, Crocodilus
niloticus, Python sebae, Pelusios castaneus sont les
plus recherchées. Ces 3 dernières, d'ailleurs en diminution,
intéressent aussi le commerce.
La pêche se pratique dans tous les lacs, les étangs et les cours
d'eau du pays. L'exploitation incontrôlée des poissons se manifeste par
l'emploi des filets maillants notamment dans les zones de fraiyères, la
surpêche avec des moyens industriels modernes très destructeurs dans
zones pélagiques. Cela conduit à la réduction des stocks pour certaines
espèces. La pêche des poissons ornementaux pourrait aussi conduire à la
raréfaction de certaines espèces.
III. 1. 2. 3. Effets de la crise socio-politique depuis 1993
Depuis l'éclatement de la crise socio-politique de 1993, les
destructions et le déplacement des populations ont gravement perturbé la
vie socio-économique et l'environnement au Burundi.
Par rapport à 1992, la production du secteur primaire a chuté de 22% et
celle du secteur secondaire de 25% en 1996.
L'environnement a souffert des concentrations humaines, des coupes de
bois, des incendies de forêts et une croissance des besoins en bois pour
la construction (perches, bois pour les fours à briques et à tuiles).
Près de 32000 ha de forêts dont 27000 de boisements artificiels avaient
été détruit à la fin de 1995.
Les pertes considérables concernent aussi les caféiers dont près de
2 millions de pieds détruits sur l'équivalent d'environ 2000 ha. Pour le
bétail, les pertes ont été à près de 440 mille bêtes dont près 70
mille pour le gros bétail et 370 mille pour le petit bétail.
III. 1. 3. Surpâturage
D'une manière générale, le surpâturage conduit à l'appauvrissement
des écosystèmes et à l'installation des prairies basses et des sols
dénudés.
Dans la région du Nord, à proximité du lac Rweru et dans la plaine de
la Rusizi, les nombreux troupeaux de vaches réduisent sensiblement les
bosquets xérophiles et les pelouses se dégradent en plages dénudées.
Dans les plateaux centraux, la végétation des milieux dégradés où Eragrostis
olivacea domine, le surpâturage combiné à l'érosion conduit à la
dénudation du sol rencontré dans divers milieux.
Dans les marais, la végétation ayant longtemps subi le surpâturage
se présente comme une prairie basse où des espèces comme Cyperus
latifolius n'atteint jamais 50 cm de haut ou disparaît dans certains
cas. A la longue, les espèces caractéristiques des marais disparaissent
et il y a apparition d'une dominance d'herbes non appétées par le
bétail.
III. 1. 4. Feux de brousse
Les feux de brousse sont provoqués pour diverses causes à savoir :
cultures sur brûlis, régénération des pâturages, chasse du gibier. Il
existe aussi des feux de débordement lors de l'enfumage des ruches ou de
la carbonisation du bois et des feux criminels provoqués dans le but de
nuire.
Dans la plaine de la Rusizi, suite au surpâturage et aux feux de
brousses répétés, les bosquets à Cadaba farinosa et Commiphora
madagascariensis, qui remplacent progressivement la forêt à Hyphaene,
cèdent, à leur tour, la place à des pelouses rases.
Dans les régions de forêts claires, les espèces dominantes des
genres Brachystegia, Julbernardia, Isoberlinia étant
très sensibles aux feux, la coupe et l'incendie favorisent finalement des
plantes de savanes sans destination forestière ou laissent tout
simplement des déserts rocheux.
Dans les savanes, des feux annuels sont allumés tout au long de la
saison sèche par les éleveurs dans le but d'obtenir des herbes tendres
pour le bétail. D'autres types de feux sont notamment : feux de chasse,
feux de culture, pyromanie, etc. Ces feux induisent une évolution
régressive aboutissant à des savanes herbeuses à Hyparrhenia et
à Loudetia, qui à leur tour laissent place à des étendues nues
à nappes de grenailles ou à des cuirasses latéritiques très riches en
termitières.
Les boisements restent des proies très fréquentes des feux de
brousse. Des pertes considérables des boisements surtout des Pinus
et Callitris, sont enregistées chaque année.
III. 1. 5. Pollution
Au Burundi, la déforestation avec son corollaire habituel l'érosion,
est à l'origine de la pollution tellurique se manifestant par
l'opacification de plusieurs rivières ainsi que les embouchures des
affluents du lac Tanganyika. Les déchets ménagers et industriels dans la
ville de Bujumbura constituent une source potentielle de contamination
pouvant porter atteinte à la biodiversité du lac Tanganyika; il en est
de même des pesticides utilisés en agriculture notamment dans la plaine
de la Rusizi. Une autre méthode dégradatrice est l'usage des produits
toxiques dans la pêche
III. 1. 6. Exploitation du sol et du sous-sol
L'exploitation dans les fonds de vallées de l'or alluvionnaire et de
matériaux divers (moellons, gravier, sable, argile, tourbe) perturbe le
milieu et les biocénoses y associées. Comme exemples, on peut citer les
excavations responsables de chutes d'arbres dans la Kibira et l'extraction
de la tourbe responsable de la destruction des marais et de la
perturbation de l'écoulement des eaux dans beaucoup de régions du pays.
III. 1. 7. Extension de l'habitat
L'accroissement des populations urbaines entraîne un besoin croissant
d'espace pour les habitations et des installations industrielles. Les
nouveaux espaces occupés sont, dans certaines situations, des zones
écologiquement sensibles et particulièrement intéressantes pour la
biodiversité. C'est notamment le cas de la ville de Bujumbura qui est en
train de s'étendre vers le delta de la Rusizi, une zone qui abrite une
très grande biodiversité. Ce problème se pose aussi pour l'embouchure
de la rivière Murembwe au sud de la ville de Rumonge.
III. 1. 8. Introduction des espèces étrangères
L'introduction des essences exotiques (Pinus, Callitris, Eucalyptus)
dans certains écosystèmes du Burundi a provoqué des effets
dégradateurs incontestables. En grande partie, ces plantes sont
introduites dans les végétations dont les arbres servent d'ombrage.
Avant que les essences introduites atteignent l'état de massif, on
procède à l'élimination des essences naturelles pour laisser place à
une végétation exotique homogène. Ces arbres dégradent aussi les sols
par acidification. La prolifération de Lantana camara commence à
être de plus en plus inquétante surtout au parc National de la Rusizi.
De plus l'existence d'Eichhornea crassipes en ville de Bujumbura
est un danger potentiel pour la biodiversité aquatique.
III. 1. 9. Causes d'ordre politique, juridique et institutionnel
III.1.9.1. Causes d'ordre politique
Les causes d'ordre politique sur la dégradation de la biodiversité
sont essentiellement :
- la non prise en compte de la dimension de la biodiversité dans les
politiques mises en œuvre dans les secteurs autres que la gestion des
ressources biologiques par exemple dans l'exploitation de concession
des mines et carrières et dans l'exécution des travaux publics;
- l'absence de sensibilisation suffisante sur l'importance de la
biodiversité et de son exploitation rationnelle conduisant la
population à exploiter les ressources biologiques d'une manière
irrationnelle;
- la crise socio-politique que connaît le Burundi et qui a engendré
un relâchement de la part des autorités dans la gestion et la
conservation des ressources biologiques.
III.1.9.2. Causes d'ordre juridique
Les textes de lois ayant des rapports avec la biodiversité sont épars
et accusent de nombreuses lacunes et insuffisances qui handicapent leur
application et par conséquent constituent des causes profondes de la
dégradations de la biodiversité. Il s'agit de :
- la plupart des textes de lois édictés avant l'indépendance sont
tombés en désuétude et par conséquent inadaptés à la situation
actuelle : le décret du 21 avril 1937 réglementant la pêche; le
décret du 12 juillet 1932 réglementant la concession de pêche,
l'arrêté du 16 décembre 1961 réglementant la pêche dans le lac
Tanganyika, etc. Ces lois ne traduisent plus les réalités
d'aujourd'hui ;
- beaucoup des textes de lois et règlements sont pris en dehors de
toutes considérations légistiques et socio-culturelles, ce qui ne
permet pas l'adhésion libre et spontanée des populations et de tous
ceux qui sont concernés par manque de concertation et de
compréhension. Il en découle des abus par ignorance ;
- l'insuffisance des moyens humains, matériels et financiers
nécessaires à la mise en application des textes de lois, cas
notamment de poursuite d'infractions.
III. 1. 9. 3. Causes d'ordre institutionnel
La mise en œuvre des dispositions de la convention et d'autres textes
de loi doit reposer impérativement sur un cadre institutionnel solide et
efficace. Or, dans l'état actuel des choses, ce cadre accuse des
faiblesses de plusieurs ordres et qui constituent des cause de perte de la
biodiversité. Il s'agit entre autres de :
- capacités institutionnelles qui sont très faibles en termes de
moyens : manque de personnel qualifié et de moyens matériels (SIG et
autres banques des données) et financiers suffisants. En effet, en
terme de moyens humains, les rares personnes que l'on emploie sont peu
entraînées, mal équipées et mal payées. Le travail de terrain ne
dispose pas de personnel qualifié et suffisamment expérimenté en
matière de la gestion de la diversité biologique. De telles carences
limitent la capacité de tout pays à planifier et à gérer des
programmes efficaces de conservation ;
- absence de coordination intersectorielle avec comme conséquence que
les institutions agissent de façon isolée et cloisonnée. Certes,
des collaborations existent mais elles sont informelles et dépendent
de la bonne volonté des acteurs, donc pas structurées et partant
fragiles ;
- manque de sensibilisation des Ministères et d'autres intervenants
sur l'impératif de la protection de la biodiversité.
III. 2. Causes naturelles
Les conditions écologiques précaires marquées par une très grande
aridité dans la région de Bugesera au Nord, dans la plaine de la Rusizi
et la dépression de Kumoso amplifient la dégradation des écosystèmes.
Signalons notamment la sécheresse qui frappe, depuis 3 ans, certaines
communes des Provinces Kirundo, Muyinga, Cankunzo, Ruyigi, Rutana et
Makamba qui a pour effet une chute dramatique de la production agricole.
L'instabilité climatique a aussi des conséquences néfastes
indirectes sur la biodiversité pouvant se manifester notamment par le
surenvasement des rivières et des marais et l'érosion des sols suite à
une forte pluie (EL NIÑO) et par l'assèchement des lacs et des marais
pendant les périodes sèches (LA NIÑA).
On peut aussi citer des cas d'invasion d'organismes à démographie
excessive comme les criquets et les chenilles (exemple : chenilles
légionnaires, chenilles défoliantes), les organismes causant des
maladies virales ou cryptogamiques très destructeurs des végétations
naturelles et des cultures. D'autres maladies bactériennes, virales,
cryptogamiques ainsi que des protozoaires causent également des pertes
considérables à l'élevage. La prolifération des plantes flottantes
autochtones (Pistia stratiotes et Azolla pinnata) sur les
eaux du lac Tanganyika formant des étendues très vastes et continues
(500 ha) reste préoccupante.
III. 3. Résumé des Impacts de la pression anthropique et naturelle
sur la biodiversité
- L'inventaire de certains groupes faunistiques et floristiques n'est
pas actualisé ;
- Beaucoup de groupes floristiques et faunistiques n'ont pas fait
l'objet d'études taxonomiques, particulièrement les invertébrés et
la microflore ;
- Certains biotopes n'ont pas encore fait (ou pas du tout) l'objet
d'études taxonomiques approfondies ;
- Le statut de certaines espèces n'est pas connu par manque de
système de surveillance de la dynamique des animaux et de la
végétation ;
- Les espèces autochtones ne font pas l'objet d'essai dans les
boisements par manque de recherches en la matière ;
- Certaines variétés d'espèces végétales régressent ;
- Absence d'essai de propagation des espèces autochtones dans tout le
pays ;
- Absence d'essai de restauration des espèces animales et végétales
menacées ;
- L'agriculture et l'élevage menacés par des maladies de diverses
origines ;
- L'élevage intensif pratiqué autour de la ville de Bujumbura
accentue la pollution des eaux du lac Tanganyika ;
- L'élevage extensif accentue la dégradation de la biodiversité ;
- La recherche de pâturages entraîne des conflits entre éleveurs et
certains propriétaires des cultures ou avec les gérants des aires
protégées ;
- La conservation traditionnelle in situ tend à disparaître ;
- Conservation de ressources génétiques sans garantie de pureté, de
performance et de persistance ;
- Aménagement et gestion des aires protégées sans tenir compte de
la
dimension participative humaine ;
- Banques de gènes pauvres en accessions ;
- Micropropagation des vitroplants insuffisante ;
- Jardins botaniques ou zoologiques insuffisants ;
- Un surpâturage conduit à l'appauvrissement des écosystèmes et à
l'installation des prairies basses et des sols dénudés ;
- Semences autochtones résistantes et performantes non disponibles ;
- Insuffisance de ressources biologiques pour la multiplication
agropastorales ;
- Régression des ressources animales et végétales car les besoins
tendent à dépasser les disponibilités ;
- Certaines essences exotiques provoquent des effets dégradeurs de
certains écosystèmes ;
- Les populations bénéficient, à des degrés divers (pas toujours
proportionnel), des bénéfices qui découlent des ressources
biologiques ;
- Le couvert végétal original est modifié ;
- Une surexploitation conduit à la modification d'écosystèmes et à
la réduction de certaines espèces biologiques ;
- Les feux de brousse déciment les ressources biologiques ;
- Les pollutions détruisent les ressources halieutiques et autres
formes de vie ;
- La non prise en compte des dimensions biologiques de la
biodiversité dans les politiques de mise en œuvre des activités des
divers secteurs ou des textes inadaptés ;
- Certains textes de lois et règlements sont inadaptés ;
- L'insuffisance de moyens humains, matériels et financiers
nécessaires pour mettre en application les textes de lois ;
- La faible capacité institutionnelle en terme de moyens et manque de
coordination intersectorielle ;
- Les effets indirects de variations climatiques conduisent à des
catastrophes naturelles, etc.
A cette situation de dégradation s'ajoutent des obstacles d'ordre
institutionnel, scientifique et stratégique suivants :
- Difficultés de coordonner et d'intégrer les intervenants en
matière de la biodiversité ;
- Manque de coordination entre les ONGs et les agences gouvernementales ;
- Manque de coopération bilatérale et multilatérale pour soutenir les
efforts nationaux pour la gestion de la biodiversité ;
- Faible sensibilisation de la population et des organismes
gouvernementaux ;
- Insuffisance de recherches sur le rôle de la diversité biologique dans
les écosystèmes ;
- Insuffisance des données scientifiques en matière de la biodiversité
;
- Insuffisance de capacités humaines ;
- Manque de moyens en gestion de l'information ;
- Difficulté de déterminer le coût de la conservation de la
biodiversité ;
- Difficulté d'intégrer la question de la biodiversité dans la
planification nationale ;
- Difficulté d'intégrer les intérêts de la population dans la
planification et la gestion de la biodiversité ;
- Difficulté d'intégrer les aspects socio-politico-économiques
sous-régionaux ou internationaux dans la conservation et la gestion de la
biodiversité ;
- Insuffisance de lois et règlements bien formulés en matière de la
biodiversité.
C'est à tout cet ensemble de questions que la stratégie doit proposer
des solutions adéquates et réalistes.