Chapitre II: MODES DE GESTION DE LA BIODIVERSITE
II. I. Conservation de la biodiversité
Au Burundi, on distingue deux principaux modes de conservation de la
diversité biologique à savoir la conservation in situ et la conservation
ex situ complémentaire à la première. En plus des méthodes
traditionnelles utilisées par la population pour la conservation in situ
et ex situ, l'Etat a aussi initié des méthodes conventionnelles dites
modernes.
II. 1. 1. Méthodes traditionnelles de conservation
II.1.1.1. Conservation in situ
Il s'agit d'une technique de conservation basée sur le respect dans la
coutume burundaise consistant à garder naturellement certains
écosystèmes et/ou éléments de la biodiversité aussi bien animale que
végétale. A l'état actuel, cet aspect de conservation tend à
disparaître à cause des besoins de plus en plus croissants de la
population; ce qui entraîne l'atomisation et l'exiguïté des terres en
défaveur de la biodiversité.
La conservation in situ se réalise à travers :
Bosquets sacrés : Il s'agissait des fragments de forêts interdits à
l'exploitation et portant le nom de " Intatemwa " littéralement
" ce qu'il ne faut pas couper " ou " Ikidasha "
littéralement " ce qu'il ne faut pas brûler ". C'étaient des
tombeaux des rois dans la forêt ombrophile de la Kibira et des
nécropoles des reines mères dans la forêt de Mpotsa. Cette coutume
garde encore son importance dans certains sites de cimetières.
Marais sacrés réservés uniquement pour la chasse rituelle pendant
certaines périodes de l'année.
Animaux sacrés : Il s'agissait des animaux inoffensifs et/ou dangereux
auxquels il était interdit de porter atteinte de peur d'en subir un sort
malheureux ou facheux. Cette croyance existe encore dans certaines
localités du pays pour certains animaux comme diverses espèces du genre
Mabuya, Canis adustus, Bostrychia hagadash, Motacilla aguimp, etc.
II. 1. 1. 2. Conservation ex situ
C'est une méthode de conservation traditionnelle qui persiste encore
aujourd'hui. Elle se manifeste sous diverses formes à savoir :
Bois sacrés : ce sont des arbres liés à la pratique de "
Kubandwa " (cérémonie de prière de dieu dit Kiranga). 3 arbres à
savoir Erythrina abyssinica, Ficus div. sp. et Chenopodium
ugandae) constituent l'essentiel du bois sacré dit " Igitabo
". Plusieurs sites de ce genre sont encore observables dans le pays.
Bosquets sacrés : Il s'agit d'un groupe d'arbres symbolisant un ancien
enclos dit " Ikigabiro " du roi ou témoins de la présence
ancienne des gens investis de grand pouvoir comme les rois, les grands
chefs ou les ritualistes. Plusieurs espèces d'arbres sont concernés (Erythrina
abyssinica, Ficus div. sp., Cordia africana, etc.) et
considérées aujourd'hui comme agroforestières.
Ressources génétiques : C'est la conservation sous forme d'épis ou
des graines sèches pour la constitution des semences dans les greniers
(Graine de Zea mays, Sorghum vulgare, Eleusine caracana,
etc.). Cette conservation se fait aussi par répiquage répétitif ou par
bouturage pour certaines plantes comme Ipomea batatas, Manihot
esculenta, etc.
Agroforesterie : C'est la conservation de certaines essences
autochtones par leur incorporation dans les champs pour leur rôle
agroforestier comme Erythrina abyssinica, Ficus div. sp., Cordia
africana, Albizia gummifera, etc.
Plantes médicinales de l'enclos : C'est la conservation qui reste
prédominante en milieu rural où plusieurs espèces médicinales sont
cultivées à proximité des habitations et constituent la ressource
médicinale de clôture. Comme exemples, on peut citer Tetradenia
riparia, Plectranthus barbatus, Chenopodium ugandae, Momordica
foetida.
II. 1. 2. Méthodes conventionnelles de conservation
II. 1. 2. 1. Conservation in situ
Au Burundi, c'est au début des années 1980, avec la création de l'INECN
que se sont manifestés des efforts de conservation et de restauration des
forêts et des espaces naturels de la part de l'Etat. Des parcs nationaux
furent créés à partir de 1982. Ces actions ont pu freiner la
destruction des forêts naturelles bien qu'elles se sont heurtées aux
limites imposées par les besoins des terres agricoles et des ressources
naturelles des populations. Pour le moment, le pays possède 13 aires
protégées dont les Parcs, les Réserves Naturelles, les Paysages
Protégés et les Monuments naturels couvrant une superficie de 127666 ha
soit 4,6 % de la superficie totale du pays.
A part, ce système de conservation de la biodiversité dans les aires
protégées, il existe des espèces et des écosystèmes naturels qui font
l'objet de conventions et de structures internationales de préservation
dont le Burundi fait partie :
La convention relative aux zones humides d'importance internationale,
particulièrement comme habitats des oiseaux d'eau connue aussi sous le
nom de Convention de Ramsar a permis au Burundi d'avoir 2 sites sur la
liste des zones humides d'intérêt international à savoir la Réserve
Gérée du Lac Rwihinda et la Réserve Gérée du Delta de la Rusizi.
En outre, le Burundi, en ratifiant la Convention Internationale sur le
Commerce des Espèces Sauvages de Faune et de Flore menacées d'Extinction
(CITES), a voulu bénéficier d'un appui dans la surveillance et la
conservation de la biodiversité.
II. 1. 2. 2. Conservation ex situ
Boisements : La volonté politique de conservation ex situ s'est
manifestée d'abord en créant le programme de reboisement depuis
l'époque coloniale. Actuellement, le pays possède des boisements
communaux, domaniaux et privés utilisant des plantes essentiellement
exotiques comme les Pinus div. sp., Eucalyptus div. sp., Callitris
div. sp.etc. Des systèmes agroforestiers sont partout intensifiés avec
essentiellement des essences exotiques comme Calliandra, Leucaena,
Persea americana, etc. Peu d'essences agroforestières autochtones
sont vulgarisées dont les plus rencontrées sont Maesopsis eminii
et Markhamia lutea.
Jardin botanique : Des essais de mise en place de jardin
botanique pour collecter et conserver certaines plantes utiles exotiques
et autochtones sont initiés à l'Université du Burundi.
Arboretum : Un essai de conservation des essences autochtones en
voie de disparition et comprenant des essences de haute altitude a été
initié par l'Université du Burundi et l'INECN.
Banques de germoplasme : Le Burundi et les autres pays de la
CEPGL ont mis en commun leurs efforts pour créer à l'IRAZ une banque de
gènes pour collecter et conserver le patrimoine génétique des
variétés végétales aussi bien locales que celles introduites
(Céréales, plantes fruitères, légumineuses à graines, légumes,
plantes fourragères, etc.).
A l'ISABU et à l'IRAZ, les ressources phytogénétiques de quelques
espèces sont conservées in vitro sous forme de microplants.